vendredi 5 mars 2021

Pour aider les jeunes migrants (devenus) majeurs à sortir de l’impasse

(cette pétition de la LDH nous est transmise par Réseau Hospitalité de Marseille]

L’actualité a mis au grand jour la situation de jeunes étrangers présents depuis des années en France, arrivés soit mineurs isolés, soit avec leur famille, en cours d’études, d’apprentissage, accédant à l’emploi souvent dans des secteurs en pénurie de main-d’œuvre et soudain victimes de refus de séjour avec obligation de quitter le territoire (OQTF) dès lors qu’ils arrivent à leur majorité.

Nous nous réjouissons évidemment que plusieurs de ces jeunes aient trouvé une solution heureuse avec l’obtention d’un titre de séjour grâce à la solidarité que leur situation a suscitée.

Au-delà de ces cas emblématiques, les jeunes en détresse sont nombreux. Depuis des années, associations, enseignants, éducateurs, chefs d’entreprise, maîtres d’apprentissage, élus sonnent l’alarme et ne sont pas entendus. Nous sommes quotidiennement témoins d’un terrible gâchis humain et social : voir des jeunes être menacés d’expulsion, réduits à vivre dans la peur, l’errance et la clandestinité, alors que la France est devenue leur pays, celui de leurs liens, de leurs amitiés, de leurs amours, et qu’ils sont prêts à rendre à la société ce qu’elle a investi dans leur formation.

Pourtant, dès aujourd’hui, il y a des possibilités d’amélioration réelle et immédiate pour au moins réduire l’arbitraire des préfectures :

  • il faut faire cesser la suspicion généralisée qui pèse sur de nombreux jeunes dont les actes d’état-civil sont régulièrement contestés, alors que leur identité a été confirmée par un juge ou par les services consulaires de leurs pays ;
  • il faut cesser d’exiger des documents impossibles à présenter pour obtenir un titre de séjour (comme des passeports guinéens, par exemple), à plus forte raison lorsque la réglementation prévoit que leur présentation n’est pas obligatoire ;
  • il faut en finir avec le blocage absurde des demandes de rendez-vous en préfecture, qui, sous prétexte de dématérialisation, revient à fermer des voies de régularisation. Ainsi, des jeunes, que la loi oblige à demander un titre de séjour avant 19 ans, sont mis dans l’impossibilité de le faire ;
  • il faut que ces jeunes puissent avoir accès à des formations ou contrats d’apprentissage, en fonction de leurs niveaux de compétences, qu’ils puissent poursuivre les parcours engagés, et plus largement poursuivre la vie qu’ils ont entamée en obtenant aisément un titre de séjour protecteur et stable ;
  • il faut régulariser de façon large et durable les personnes étrangères présentes depuis plusieurs années sur notre territoire notamment en appliquant la circulaire du 28 novembre 2012 plutôt que de mettre fin à celle-ci sans le dire et de restreindre l’accès aux droits et ainsi multiplier les situations dramatiques.

Ce sont là des mesures de bon sens, qui seraient la preuve que le message de ces jeunes, de leurs éducateurs et enseignants, de leurs employeurs, de leurs formateurs, a été entendu. Mais elles ne nous dispensent pas de réfléchir ensemble à la mise en œuvre de politiques d’accueil et de respect des droits fondées sur l’ouverture des frontières et des cœurs et non plus sur la peur et la fermeture. 

Cliquez ici pour signer la pétition

lundi 11 janvier 2021

Une meilleure année 2021 !

A en juger par les vœux reçus, l’année 2020 a été éprouvante pour beaucoup… En nous décentrant un minimum de nos cas personnels, il est facile de nous rendre compte qu’il y a beaucoup plus malheureux que nous, à commencer par les migrants. La crise sanitaire les a relégués en dernière priorité (malgré des efforts initiaux pour élargir l’offre d’accueil en hôtel et autres mesures d'urgence). Même si le nombre d’entrées de demandeurs d’asile (DA) a baissé en 2020 (86 600 primo-demandeurs d’asile en 2020, contre 110 600 en 2019), les conditions se sont durcies.

Dessin WHO / aparttogetherstudy.org
Pour commencer, on peut se demander si la baisse de demandeurs n’est pas liée à la difficulté croissante d’accès aux diverses autorités. Comme l’écrit Brèves-Infos Migrations, « l’administration ne répond plus! Alors que des préfectures de plus en plus nombreuses obligent les demandeurs (étrangers) à prendre rendez-vous en ligne pour être « en règle », les plages horaires proposées sont notoirement insuffisantes, engendrant des catastrophes pour les demandeurs (pas de papiers, pas de preuve de demande, pas d’autorisation pour travailler, donc perte de l’emploi et des ressources, etc.)».

Ensuite, crise sanitaire oblige, les obstacles se multiplient : couvre-feu par ci, confinement par là, impossibilité de joindre l’OFII, retard de paiement des aides, délai interminable de comparution à la CNDA, gel des visas pour regroupement familial, fermeture de la frontière britannique (Brexit -pour la grande joie des passeurs !). Sans parler du non-respect de l’engagement de juillet 2017 « qu’aucune personne ne vive à la rue ou dans les bois », d’où la demande associative de 20 000 places d’hébergement en plus. Et la CNDA considère à présent l’Afghanistan, à l’exception du Nangarhar, comme pays sûr (une plaisanterie…) et va passer aux visio-audiences… Médiatiquement, les quelques attentats terroristes commis par des arrivants récents (cf. église de Nice) ne favorisent pas la cause des migrants.

Pour être honnête, reconnaissons quelques progrès : naturalisation de quelques 800 demandeurs « bons citoyens » (1,6% des naturalisations annuelles), forfait de transport minoré pour les DA (mais à Paris !), invalidation par les tribunaux administratifs de certaines décisions portant sur la visite aux DA détenus en rétention aux frontières.

Les difficultés rencontrées par les migrants en France et en Europe ont des conséquences dans les pays en développement. Ainsi, selon la Banque Mondiale, les transferts vers les pays d’origine auraient diminué de 7% en 2020, en grande partie du fait de la baisse de l’activité économique, et des contraintes de déplacement.

Enfin, il y a plus précaire que le demandeur d’asile enregistré (lui-même plus précaire, bien sûr, que le réfugié protégé), c’est le sans-papier, soit venant d’arriver et ne parvenant pas à obtenir un contact (exclusivement sur rendez-vous) avec l’administration ou ses avatars (plateforme d’aide), soit débouté de ses droits  - depuis le « dubliné » qui doit attendre 18 mois avant d’être éligible comme demandeur d’asile en France, jusqu’au « débouté » sous la menace d’une obligation de quitter le territoire (le fameux coup de pied OQTF…), rarement mais assez arbitrairement mis à exécution…  La crise sanitaire et l’hiver plutôt froid (pour ceux qui squattent ou sont à la rue) ajoutent l’épreuve à l’épreuve.

Oui, on peut souhaiter une année réellement meilleure pour tous, et spécialement pour nos amis migrants, à quelque stade qu’ils en soient dans leur parcours du candidat à l'intégration.

(Bénédict de Saint-Laurent, WPA)

jeudi 31 décembre 2020

Bilan de l'Assemblée générale annuelle de Welcome Pays d'Aix (WPA)

L'Assemblée générale de Welcome Pays d'Aix (WPA) s'est tenue en visioconférence le mardi 8 décembre 2020 de 18:00 à 19:30, en présence de 17 participants connectés (plus certains pouvoirs).

Globalement, l'Assemblée a validé le travail effectué par l'Association et son Conseil d'administration (CA) en 2019-2020.

Un nouveau CA a été élu et plusieurs orientations significatives (comme de s'intéresser au parcours d'ensemble du migrant, même après obtention du statut) ont été prises. Ce CA se réunira en visi
o-conférence le mercredi 13 janvier pour élire le bureau.

Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger sur ce lien le compte-rendu détaillé de cette assemblée générale.

Ceux qui ne l'auraient pas fait et le souhaiteraient peuvent payer ici leur cotisation en ligne via HelloAsso). Ce n'est jamais trop tard !

(Bénédict de Saint-Laurent, secrétaire)

mercredi 30 décembre 2020

Barca Nostra, symbole malheureux du traitement médiatique des bonnes causes…

A mi-chemin entre Syracuse et Catane, Augusta serait un port tranquille si la ville n’avait connu l’un des pires drames de l’immigration méditerranéenne : en avril 2015, une sorte de caïque (grosse barque de pêche) venu d’Afrique du nord fait naufrage non loin de la Sicile, faisant près de 800 morts et seulement 28 rescapés. Pour donner une digne sépulture aux noyés, le bateau est renfloué en 2016 par l’Italie et devait terminer sa vie au port militaire proche d’Augusta - comme possible pièce maîtresse d’un futur lieu de mémoire. Las, les projets concurrents se sont multipliés autour de cette épave (exposition à Bruxelles en face du Berlaymont, musée à Milan etc.), et c’est finalement l’artiste très controversé Christophe Büchel qui finit par emporter la mise en proposant de faire de Nostra Barca un objet culturel en soi.

Le transbordement de Barca Nostra en 2019 (Photo Switch)
Le caïque est donc exposé depuis mai 2019 au quai de l’Arsenal à Venise, comme emblème de la 58ème Biennale. L’artiste s’était engagé à restituer le bateau à la municipalité d’Augusta, mais il a été endommagé lors de son transfert. S’ensuit depuis 18 mois un épisode tragi-comique où les différents acteurs (l’artiste, son agent, la Biennale, la Ville de Venise, le transporteur etc.) se renvoient tous la responsabilité du réacheminement de l’épave. Car le seul coût de l’aller Augusta-Venise était de
33 millions d’euros, de quoi assister près de 7 000 migrants pendant un an, au tarif de l’aide aux demandeurs d’asile en France…

Triste symbole de l’inconséquence et de l’indifférence européenne, Barca Nostra n’en finit pas de se dégrader en l’absence de touristes sur le quai de l’Arsenal. Il était déjà contestable de se servir du malheur comme œuvre d’art. L’épave ne sert même plus de cible à selfies… Il faudra peut-être un jour s’en débarrasser comme déchet, à l’instar de ce qui est arrivé aux migrants naufragés eux-mêmes… C’est d’autant plus regrettable qu’un travail remarquable avait été fait par 200 médecins légistes pour identifier après renflouement les corps restés prisonniers de l’épave. Mais aujourd’hui, un certain virus est passé par là, et a relégué aux oubliettes tout ce travail de mémoire.

(Bénédict de Saint-Laurent, WPA)

lundi 28 décembre 2020

Noël en famille...

Merci et bravo aux Croc,


qui ont invité Y et Vladimir à partager leur repas de Noël avec eux !

jeudi 3 décembre 2020

Pour participer à notre AG annuelle en visioconférence le 8 décembre à 18:00...

Petit rappel : l'Assemblée générale de Welcome Pays d'Aix (WPA) aura lieu en visioconférence le mardi 8 décembre 2020 à 18:00 précises.

Le lien de connexion est le suivant : https://meet.jit.si/WelcomePaysdAix 

Il n'y a pas de code d'accès... Mais attention : seuls les membres à jour de leur cotisation (payable en ligne via HelloAsso) pourront voter...

Si vous n'avez pas l'habitude de ce genre d'outils, nous vous conseillons de vous connecter le mardi 8 quelques minutes avant 18:00. Nous ouvrirons la salle virtuelle à 17:45 pour vous permettre de régler micro et vidéo... Si vous comptez participer, merci de prévenir Sylvie Piquenot, secrétaire de l'Association.

Notre mini-dépliant présente de façon succincte l'association et son objet (cliquer sur l'image pour la rendre plus lisible) :


lundi 30 novembre 2020

Réactions à une vidéo aux accents anti-migrants du maire de Pertuis

Dessin de Deligne paru dans "La Croix"
Plusieurs associations de Pertuis et du Pays d’Aix réagissent aux propos tenus par le maire de Pertuis dans une vidéo postée le 20 novembre 2020 sur le compte Facebook de cette ville.

Quels sont les faits exposés dans cette vidéo ? Le 19 octobre 2020, sept Afghans sont découverts à Pertuis, à bord d’un camion en provenance de Slovaquie, via l’Italie. Ils sont sans papiers et déclarent vouloir demander l’asile en France. Ils sont informés par les gendarmes qu’ils doivent aller présenter leur demande à Marseille, au guichet unique des demandeurs d’asile et sont laissés libres. Une heure après, ils sont contrôlés dans Pertuis puis quittent la ville le jour même.

Qu’est-ce que le droit d’asile ?

Ce droit est inscrit dans le préambule de la Constitution française qui affirme que « tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République ». Le droit d’asile découle également des engagements internationaux de la France, en particulier de la convention de Genève sur les réfugiés du 28 juillet 1951 ratifié par 145 Etats.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, alors que l’Europe comptait plusieurs millions de personnes déplacées sur l’ensemble du continent, la convention de Genève, prenant également en compte les persécutions de l’entre-deux-guerres et de la Shoah, a mis en œuvre les préoccupations proclamées par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, notamment l’article 14-1 « devant la persécution, toute personne a le droit de chercher l’asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays ».

Ce socle juridique, édifié peu à peu à partir des multiples meurtrissures de notre passé, revêt un caractère quasi « civilisationnel » qui peut se résumer en une phrase : protéger ceux qui risquent la mort.  C’est pourquoi, si le franchissement illégal d’une frontière de notre pays peut justifier une reconduite à la frontière, ceci est interdit si l’étranger a déclaré à une autorité compétente -par exemple la gendarmerie nationale- son intention de demander l'asile.

Nous ne devons pas l’ignorer. Le contester, ou demander que la loi soit modifiée sur ce point, est une erreur grave au regard de notre histoire.

Est-il exact que notre République est une véritable passoire ?

Nous laissons à monsieur le maire la responsabilité de cette affirmation. Nous n’en croyons rien. Dans l’exemple des demandeurs d’asile afghans arrivés à Pertuis le 19 novembre, le fait que les premières personnes qu’ils aient rencontrées à leur arrivée en France aient appelé les gendarmes, tend à prouver le contraire. Tous ceux qui se sont rendus sur la frontière avec l’Italie, au nord comme au sud, ont pu constater que les contrôles étaient très importants.

Les étrangers sont-ils responsables, de manière prépondérante, des attentats terroristes commis en France ?

Monsieur le maire fait référence aux deux attentats qui nous ont frappés récemment, l’assassinat de Samuel Paty et celui de trois personnes dans la basilique de Nice. En conclusion, il redit son inquiétude : « Imaginez si ces gens avaient été des tueurs ou des terroristes ! »

Cette crainte est-elle fondée ? Il est certain que le terrorisme islamiste n’est pas né en France. Est-il pour autant avéré que les demandeurs d’asile ou même que les étrangers résidant en France soient à l’origine de la plupart des attentats islamistes commis dans notre pays ?

Le nombre d’auteurs d’attentats perpétrés en France étant, heureusement, peu important, une approche statistique est impossible. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a toutefois rappelé, à propos des attaques depuis 2015 : “sur les 30 derniers terroristes confondus pour des actes commis sur notre sol, 22 étaient français, 8 seulement, étrangers”.

Le ministre de l’intérieur a aussi récemment révélé que, sur 20 000 personnes inscrites sur le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), 4% étaient en situation irrégulière en France.

Par ailleurs, il n’y a, a priori, aucune raison de penser que les auteurs d’attentats commis en France aient un profil différent de ceux qui ont tué ou blessé des personnes dans d’autres pays. Le think tank américain CATO qui a étudié les données de 174 pays entre 1995 et 2015, ce qui valide probablement une approche statistique, en arrive à la conclusion suivante : ”Nous n’observons aucune association significative entre la part des migrants dans un pays et l’activité terroriste”.

Suggérer un amalgame - "Imaginez si ces gens avaient été des tueurs ou des terroristes !" - est grave. Affirmer sans nuances ni précisions que notre République est une véritable passoire, et donc sous-entendre qu’elle doit être plus difficile d’accès, voire interdite aux demandeurs d’asile, n’a pas de sens.

Sans ignorer les difficultés de mettre, enfin, en place un accueil digne des demandeurs d’asile, les organisations signataires considèrent comme irresponsable d’attiser les peurs.

Elles rappellent leur attachement indéfectible aux valeurs de la République, au respect des engagements que la France a ratifiés et aux droits humains.

(WPA a signé cette pétition. La vidéo contestée est visible sur ce lien)