lundi 17 août 2020

Soutenez SOS Méditerranée en participant à une mise en scène à Aix

L’antenne de Marseille de SOS Méditerranée souhaite organiser deux "Die-in" : un à Marseille, au Prado et l'autre à Aix, près de la Rotonde.

A partir du 21 août 2020, les bénévoles de SOS Méditerranée organisent en effet des Die-in (mise en scène d'un naufrage) dans toute la France. Cette action symbolique vise à alerter les citoyennes et les citoyens sur la situation dramatique en Méditerranée centrale et à demander la libération de l’Ocean Viking actuellement détenu en Sicile par les autorités italiennes.

Pour y participer avec nous, il sera nécessaire d'être disponible 1 heure en fin de journée pour se retrouver à proximité d'un point d'eau (la plage, la fontaine etc) et mettre en scène la conséquence d'un naufrage. C'est tristement "parlant" et plutôt efficace pour interpeller les citoyens en leur montrant les conséquences humaines de la politique de harcèlement administratif menée par les autorités pour entraver les opérations civiles de secours en mer. Et pour les inciter à signer la pétition "Libérez l'Ocean Viking".

Pour vous inscrire à celui d'Aix-en-Provence, cliquez ici: https://framadate.org/zSNcobFcQy3dsI55

Nous avons besoin de déposer une "demande de rassemblement non revendicatif" auprès de la ville d'Aix au plus tard 3 jours avant le jour J; il est donc important de vous inscrire rapidement (idéalement donc aujourd'hui le 16 août ou lundi/mardi au plus tard) afin que nous puissions effectuer les démarches administratives en début de semaine prochaine.

Voici toutes les informations concernant l'organisation de ce Die-in :

  • Lieu : la Rotonde.
  • Date : 22 ou 29 août 2020 à 18 h.
  • Effectif : au minimum 10 personnes.
  • Organisation : les bénévoles participant au Die-in devront rester allongés ¼ d’heure. Il est impératif de garder le silence. L'espace sera délimité par des gilets de sauvetage.
  • Matériel : gilets de sauvetage et une banderole avec le lien vers la pétition : https://www.change.org/p/libérez-l-ocean-viking-2 (que vous pouvez d'ores et déjà signer !)
  • Dress code : tee-shirt orange et pour le bas du noir. Les personnes assurant la sécurité ne seront pas identifiables par leur tenue.

Les médias locaux seront contactés par SOS Méditerranée. Pendant l'événement il seraimpératif de respecter les gestes barrières liées au COVID-19.

Merci d'avance à toutes les citoyennes et tous les citoyens du Pays d'Aix, sensibles à la cause du sauvetage en mer, pour votre participation.

(message transmis par Brigitte & Agnieszka, bénévoles de SOS Méditerranée)

vendredi 29 mai 2020

Michèle nous a quittés


Michèle de Saint-Laurent, membre actif du Conseil d'administration de Welcome Pays d'Aix, famille d'accueil, et bien plus encore, nous a quittés trop vite, le 8 mai 2020. Son sourire, son rire si communicatif, sa franchise et sa force de joie nous manquent déjà !

Voici quelques témoignages de migrants sur ce qu'elle leur a apporté:
  • Bonsoir Bénédict. J'ai appris la disparition de ta femme Michèle. Toutes mes condoléances. C'était une femme forte et inspirante. Je regrette vraiment. elle était toujours pleine d'énergie. Je suis très triste de ne pas pouvoir être à côté d'elle pendant ses derniers moments. Ça me serre le cœur de te voir comme ça. Je partage ta peine. Elle était encore jeune n'est-ce pas. Je n'ai plus que mes yeux pour pleurer. Je ne sais pas quoi faire… En tout cas si je peux t'être utile, n'hésite pas à me faire signe. Asad Ali Zada
  • My condoléances for you and your family ! My heart is so broken, but I know she is in a good place with her God. Maklet Mharry
  • Bonjour. C’est avec une grande tristesse que je présente à la famille de Michèle et aux amis, mes sincères condoléances, et que l’âme de la défunte se repose en paix ! On se souviendra d’elle dans nos prières et on gardera le souvenir de ses bonnes œuvres à jamais. Merci et à bientôt les amis. Ibrahima Diallo
  • Cher Bénédict et toute ta famille, recevez nos sincères condoléances et toute mes amitiés dans ce moment difficile. Michèle était une grande sœur. Je souhaite la paix à son âme pure. Moi et ma famille sommes de tout cœur avec vous dans cette épreuve. Bien affectueusement et amitiés Moammar Atwi
  • Moi aussi en fait je suis très triste. Mais c’est la vie, et je suis sûr que Michèle est au Paradis. J'espère avoir de la chance dans la vie comme toi, parce que tu as une belle femme et très gentille. Je te remercie pour ton témoignage. En fait, le confinement en ce moment, c'est bien mais un peu dur, mais ça va aller et j’ai déménagé la semaine dernière chez Marc et Sylvie. Grands bisous et à bientôt. Amitiés Mohamad
On trouvera sur ce lien une prière retrouvée dans le portefeuille de Michèle, prière qui convient bien à tout migrant, puisqu'elle se termine par cette phrase : Conduis-moi donc maintenant à l’heureux terme de mon voyage.

(Claude Carrillo, Présidente WPA)

lundi 25 mai 2020

Un beau texte : hospitalité et humilité par Raphaël Gutmann

Vœu pieux ou choix anachronique au regard de l’actualité, notre cabinet de conseil en lerdership avait choisi de consacrer son livret annuel pour 2020 au thème de l’hospitalité. Cette décision nous avait semblé évidente, tant cette valeur archaïque nous paraissait marginalisée par nos contemporains de l’avant-17 mars dernier. La peur de l’Autre – étranger par ses origines, sa religion, son genre et plus globalement sa manière de voir et de vivre le monde – combinée à l’usage excessif des réseaux sociaux entravaient déjà la rencontre physique, condition sine qua non à l’hospitalité.

Au temps du coronavirus, cette pratique est encore plus menacée, à l’exception notable des hôpitaux, lieux d’hospitalité par étymologie où l’accueil et l’échange physiques se poursuivent. Ailleurs, les mesures barrières et le confinement, aussi nécessaires soient-ils, accélèrent l’avènement d’une civilisation « sans contact ». Utile pour régler ses achats, maintenir un ersatz de vie sociale, ou conserver une activité économique par le télétravail, le « sans contact » nous prive du plaisir du toucher, de l’odorat, mais aussi de celui de la vue et de l’ouïe en prise directe : il affadit la saveur de la vie. Encouragés à rester chez soi, et à ne sortir que pour s’approvisionner, la majorité des Français – en tout cas ceux qui en ont les moyens matériels et financiers – a adopté un mode de vie « hors-sol », qui repose sur l’efficacité de la mondialisation avec ses chaînes d’approvisionnement et l’utilisation des nouvelles technologies. Je crains que cette épidémie, qui nous rappelle nos manques, notre vulnérabilité et notre dépendance face à la nature, n’accélère l’évolution vers une société davantage coupée de la réalité physique. Aujourd’hui à l’abri, derrière l’écran protecteur de nos ordinateurs et de nos smartphones, la pratique de l’hospitalité est délaissée pour protéger notre santé.

Qu’en sera-t-il dans le futur ? A l’issue de l’épreuve que nous traversons, oserons-nous sortir de la « grotte » dans laquelle nous nous sommes réfugiés, ou continuerons-nous à nous claquemurer dans nos foyers aseptisés ? J’ai tendance à penser que le mouvement de repli sur soi l’emporterait, et que notre état « sans contact » et « hors-sol » passerait de transitoire à permanent. Dans ce cas, l’hospitalité disparaitra, puisqu’elle sera associée aux risques de contamination, de germes et de maladies. Pourtant, je garde espoir en notre faculté à retrouver la valeur et la joie du contact qui favorise la contagion, mais aussi les défenses immunitaires, et la fertilisation. Cela est vrai d’un point de vue physiologique comme dans les dimensions intellectuelle et spirituelle. Espérons aussi que l’excès de virtualité créera la nostalgie des rencontres physiques. Dans ce sens, l’un des termes les plus utilisés par nos dirigeants scientifiques et politiques ces dernières semaines laisse entrevoir cette possibilité. Il s’agit du mot « humilité ». Face au virus et à l’inconnu, ils reconnaissent qu’ils ne sont ni omniscients ni omnipotents. Ils nous mettent face à une réalité que nous avons tendance à éluder : notre mortalité. En écho à ces aveux, tonne l’ire d’apprentis prophètes qui, eux, ont réponse à tout. Ils affirment ainsi que l’épidémie est, selon leur sensibilité, une humiliation infligée par Dieu le Père, ou la revanche de Mère Nature. Dans les deux cas, le fléau punirait l’humanité de ses excès. Ces interprètes en quête de rédemption désignent évidemment des coupables : la Chine, la mondialisation, le changement climatique, les puissances de l’argent... Cette recherche expéditive de boucs émissaires prouve que malgré les nouvelles technologies, nos réactions ne sont pas si éloignées de celles de nos aïeux au temps de la peste ou du choléra.

De mon côté, l’appel à l’humilité exprime au contraire une chance que nous devons saisir. Il résonne telle une injonction à renouer avec l’humus, c’est-à-dire la terre. Humains, nous en sommes les enfants interdépendants, comme nous le rappelle les étymologies latine et hébraïque. Dans cette langue, le mot pour dire « terre » (adama) partage aussi la même racine que celui pour dire « homme » (ben adam). L’humilité nous rappelle donc notre humanité, faite de fragilités et d’imperfections. Or, s’il est une valeur essentielle pour les gens qui vivent de la terre, c’est bien l’hospitalité. Et cela malgré les risques qu’elle peut engendrer. Gardons en mémoire que notre civilisation a comme premier patriarche Abraham, un terrien dont la tente était ouverte aux quatre points cardinaux. J’espère dès lors que la crise actuelle nous permettra d’explorer notre humanité en cultivant le goût de l’hospitalité, qui participe au sel de la vie.

Raphaël Gutmann

(proposé par Michel Croc / Article publié dans ÉTUDES du 9 mai 2020)

dimanche 10 mai 2020

Un poème contre le Covid-19 par un ami migrant

Moammar Atwi, écrivain et poète libanais, nous adresse une page de son "Journal de confinement", téléchargeable ici. Ah, la vie entre 4 murs... (les migrants sont parmi ceux qui souffrent le plus du confinement). Par ailleurs Moammar nous dédie cette belle poésie, "Dieu maléfique"  :

Comme des pécheurs
dans une grande prison,
entre quatre murs,
nous sommes arrêtés
sans procès,
sans crime apparent.

Vous nous laissez respirer
pour une courte période,
pour une courte distance.

Sans travail sauf celui de compter les victimes;
chaque matin, nous attendons… combien de malades, combien de morts ?
combien de guérisons?
.
Comme un compteur des morts
le monde entier
de la Californie à Johannesburg,
du Liban à la Nouvelle-Zélande.
Le monde entier est devenu notre peur, notre anxiété
Peut-être même au-delà

Vie sans vie,
amour à distance,
embrasser sur Whatsapp,
travailler par Hangout.
Même étudier
et rendre visite aux ses amis,
se fait à distance.

Oh, le dieu maléfique
Covid-19,
fils de la grande Corona
pour votre mère et vos oncles SARS, paludisme et choléra
libérez nous.

Laissez nous respirer l'air que nous avons pollué.
Permettez-nous de revenir à la nature que nous avons détruite,
de retisser les liens d'amour entre nous,
Sans masque ni gants.

Pulvérisez du parfum au lieu des antiseptiques.
Disparaissez de nos corps
de notre terre
de notre sel
de notre pain
Permettez-nous de vivre après vous.

Moammar Atwi, Lambesc, 15 avril 2020

mercredi 22 avril 2020

Asad l'Afghan fabrique des masques en tissu pour participer à l'effort national


Asadullah Ali Zada, dit "Asad" dans le réseau WPA qui l'a hébergé et aidé, et "Sultan" dans la communauté migrante de Marseille, a proposé ses services à la patronne de l'entreprise marseillaise de réinsertion "13 a'tipik" (lire vite pour comprendre l'astuce…), Mme Sahouda Maallem. Après un essai qui a montré l'excellence de ses compétences, Asad a vite été embauché par l'atelier pour la confection de masques en tissu.

Asad avait été couturier en Iran pendant son exil d’adolescent dans ce pays. Il l’a été en Iran et en Turquie lors de sa migration vers l’Europe. Il est émerveillé par la qualité des machines à coudre en France ! Il travaille dans cet atelier six jours sur sept, intensément, pour de longues journées, en souhaitant aider à fond son pays d’accueil…
Asad et sa machine à coudre chez 13 a'tipik

Il a eu en prime les honneur des médias (la Provence, TV régionale, MadeInMarseille.net etc.)… 

Peut-être que notre Gouvernement serait bien inspiré de permettre à ce type d'entreprise de réinsertion et à cet type de patriotisme le bénéfice de la régularisation par le travail ou par le mérite… Asad est parti de chez lui en Afghanistan en septembre 2013 (six ans et demi), il ne connaît pas son dernier fils né après son départ, il est menacé à la fois par les autorités et les Talibans (qui ont assassiné son père et oblige sa famille à être confinée depuis son départ, Covid ou pas…). Il fait partie de la minorité hazâra, stigmatisée par les intégristes de tous bords. Il parle très bien le français. Il aurait donc toutes les raisons de pouvoir bénéficier d'une protection par la France…

(Bénédict de Saint-Laurent, secrétaire, WPA)

mardi 21 avril 2020

Emmaüs en danger ! Merci pour votre aide…

Mises en chômage obligé à cause du confinement, les boutiques solidaires d'Emmaüs, qui constituent sa principale ressource financière, ne rapporteront rien ce trimestre. Ce mouvement qui aide tant de sans abri et autres migrants se trouve en grande difficulté et lance un appel aux dons pour survivre. Nous nous associons volontiers à cette campagne et espérons qu'Emmaüs pourra traverser sans encombres cette mauvais passe. Voici le lien pour un don direct et défiscalisé à 66%.

Pour rappel, Emmaüs est une des seules associations qui permette dans certains cas d'employer des étrangers sans papiers, leur permettant ensuite de demander une régularisation par le travail. Emmaüs Cabriès accueille actuellement plusieurs dizaines de migrants, dont deux - Vladimir le Moldave et Ibrahima le Guinéen-Conakry - sont passés par Welcome Pays d'Aix.

samedi 18 avril 2020

Covid et migrants : l'obligation d'agir en Europe et en France


La situation sanitaire oblige les gouvernements européens à agir, au moins pour les migrants qui se trouvent sur leur territoire. Peu importe que ce soit pour des raisons négatives (peur qu'existent des foyers contagieux)… En même temps, l'Europe ferme ses frontières extérieures et surtout ferme les yeux sur ce qui se passe en Méditerranée ou dans les camps de Libye, Syrie ou Turquie. La solidarité européenne ne parvient pas à ce jour à s'exprimer, par exemple pour un partage équitable des migrants arrivant dans les pays du sud ou pour réformer un système d'asile manifestement inadapté. Les pays européens agissent en ordre dispersé…

Manquant de bras, l'Italie va régulariser par décret 200 000 sans-papiers pour éviter que des secteurs essentiels comme celui de l'agriculture souffrent du manque de main d'œuvre qui menace les récoltes (les Echos, 20 avril 2020).

Image OIM
Au Portugal, les demandeurs d'asile et travailleurs sans papiers ont obtenu le 28 mars 2020 les mêmes droits que les citoyens portugais (selon Econostrum, site d'infos économiques sur la Méditerranée). Cette mesure n'est que provisoire et ne concerne que les personnes ayant déjà effectué une demande de régularisation. Elle vise à faciliter leurs démarches durant la pandémie et permettra que ces demandeurs bénéficient de la protection sanitaire proposée par l'Etat (protection de l'emploi et du salaire, prise en charge à domicile en cas de symptômes...) sur présentation de l'attestation délivrée lors du dépôt de leur demande d'asile. Les permis de séjour arrivés à échéance seront renouvelés automatiquement, compte tenu des fermetures de services administratifs.

En France, le Gouvernement a prorogé fin mars 2020 par ordonnance les délais de recours vis-à-vis de la CNDA. Cela concerne aussi les recours contre les OQTF (obligations de quitter le territoire) et les transferts au titre de la procédure de Dublin.

En matière d'accueil, notre association s'est jointe à d'autres pour que les maires, au titre de leur pouvoir de police, en particulier dans le domaine sanitaire, contribuent au logement des étrangers sans abri. Ces derniers comptent parmi les plus vulnérables à la pandémie et sont actuellement confinés… à la rue (voir lettre collective d'AGIR, adressée à certains maires, ici).

Plus largement, 104 parlementaires issus de 10 partis ont adressé le 12 avril 2020 une lettre au premier ministre Edouard Philippe pour réclamer la régularisation des sans-papiers face à l'épidémie de Covid-19 (lire ici).