lundi 30 novembre 2020

Réactions à une vidéo aux accents anti-migrants du maire de Pertuis

Dessin de Deligne paru dans "La Croix"
Plusieurs associations de Pertuis et du Pays d’Aix réagissent aux propos tenus par le maire de Pertuis dans une vidéo postée le 20 novembre 2020 sur le compte Facebook de cette ville.

Quels sont les faits exposés dans cette vidéo ? Le 19 octobre 2020, sept Afghans sont découverts à Pertuis, à bord d’un camion en provenance de Slovaquie, via l’Italie. Ils sont sans papiers et déclarent vouloir demander l’asile en France. Ils sont informés par les gendarmes qu’ils doivent aller présenter leur demande à Marseille, au guichet unique des demandeurs d’asile et sont laissés libres. Une heure après, ils sont contrôlés dans Pertuis puis quittent la ville le jour même.

Qu’est-ce que le droit d’asile ?

Ce droit est inscrit dans le préambule de la Constitution française qui affirme que « tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République ». Le droit d’asile découle également des engagements internationaux de la France, en particulier de la convention de Genève sur les réfugiés du 28 juillet 1951 ratifié par 145 Etats.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, alors que l’Europe comptait plusieurs millions de personnes déplacées sur l’ensemble du continent, la convention de Genève, prenant également en compte les persécutions de l’entre-deux-guerres et de la Shoah, a mis en œuvre les préoccupations proclamées par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, notamment l’article 14-1 « devant la persécution, toute personne a le droit de chercher l’asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays ».

Ce socle juridique, édifié peu à peu à partir des multiples meurtrissures de notre passé, revêt un caractère quasi « civilisationnel » qui peut se résumer en une phrase : protéger ceux qui risquent la mort.  C’est pourquoi, si le franchissement illégal d’une frontière de notre pays peut justifier une reconduite à la frontière, ceci est interdit si l’étranger a déclaré à une autorité compétente -par exemple la gendarmerie nationale- son intention de demander l'asile.

Nous ne devons pas l’ignorer. Le contester, ou demander que la loi soit modifiée sur ce point, est une erreur grave au regard de notre histoire.

Est-il exact que notre République est une véritable passoire ?

Nous laissons à monsieur le maire la responsabilité de cette affirmation. Nous n’en croyons rien. Dans l’exemple des demandeurs d’asile afghans arrivés à Pertuis le 19 novembre, le fait que les premières personnes qu’ils aient rencontrées à leur arrivée en France aient appelé les gendarmes, tend à prouver le contraire. Tous ceux qui se sont rendus sur la frontière avec l’Italie, au nord comme au sud, ont pu constater que les contrôles étaient très importants.

Les étrangers sont-ils responsables, de manière prépondérante, des attentats terroristes commis en France ?

Monsieur le maire fait référence aux deux attentats qui nous ont frappés récemment, l’assassinat de Samuel Paty et celui de trois personnes dans la basilique de Nice. En conclusion, il redit son inquiétude : « Imaginez si ces gens avaient été des tueurs ou des terroristes ! »

Cette crainte est-elle fondée ? Il est certain que le terrorisme islamiste n’est pas né en France. Est-il pour autant avéré que les demandeurs d’asile ou même que les étrangers résidant en France soient à l’origine de la plupart des attentats islamistes commis dans notre pays ?

Le nombre d’auteurs d’attentats perpétrés en France étant, heureusement, peu important, une approche statistique est impossible. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a toutefois rappelé, à propos des attaques depuis 2015 : “sur les 30 derniers terroristes confondus pour des actes commis sur notre sol, 22 étaient français, 8 seulement, étrangers”.

Le ministre de l’intérieur a aussi récemment révélé que, sur 20 000 personnes inscrites sur le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), 4% étaient en situation irrégulière en France.

Par ailleurs, il n’y a, a priori, aucune raison de penser que les auteurs d’attentats commis en France aient un profil différent de ceux qui ont tué ou blessé des personnes dans d’autres pays. Le think tank américain CATO qui a étudié les données de 174 pays entre 1995 et 2015, ce qui valide probablement une approche statistique, en arrive à la conclusion suivante : ”Nous n’observons aucune association significative entre la part des migrants dans un pays et l’activité terroriste”.

Suggérer un amalgame - "Imaginez si ces gens avaient été des tueurs ou des terroristes !" - est grave. Affirmer sans nuances ni précisions que notre République est une véritable passoire, et donc sous-entendre qu’elle doit être plus difficile d’accès, voire interdite aux demandeurs d’asile, n’a pas de sens.

Sans ignorer les difficultés de mettre, enfin, en place un accueil digne des demandeurs d’asile, les organisations signataires considèrent comme irresponsable d’attiser les peurs.

Elles rappellent leur attachement indéfectible aux valeurs de la République, au respect des engagements que la France a ratifiés et aux droits humains.

(WPA a signé cette pétition. La vidéo contestée est visible sur ce lien)

dimanche 29 novembre 2020

Parole forte d'un évêque !

Théophile Ntalu Nzungu, originaire de la République «Démocratique» du Congo, menacé de mort dans son pays, avait demandé l’asile politique à la France. Il était arrivé à Nevers depuis cinq ans, investi dans plusieurs associations. Chrétien non catholique, il a beaucoup animé la pastorale des migrants et nous réjouissait par sa foi et son sourire rayonnants.

Ayant été débouté du droit d’asile, il aurait pu bénéficier d’une régularisation à plusieurs titres. Les autorités françaises n’ont rien voulu entendre et ont décidé de l’expulser. Il a été mis de force ce matin dans un avion vers son pays où il n’a plus d’attaches et où il risque sa vie.

La France aurait pu s’honorer d’accueillir et de nationaliser une telle personne, il n’en a rien été. La France se rend responsable de ce qui risque désormais de lui arriver.

Théophile n’est pas un cas isolé. Bien des migrants sont arrivés chez nous au seul titre du droit d’asile et ont été rejetés au mépris du droit et parfois dans des conditions inhumaines.

La société française n’a rien à gagner à se fermer. La peur du terrorisme ne peut justifier le repli sur soi et encore moins les violences envers les personnes.

« Le sang des Français, le sang des Américains, le sang des Européens, c’est le sang des migrants » chantait Théophile. C’est aussi le sang de Jésus, qu’il a versé pour chacun de nous.

+ Thierry Brac de la Perrière, évêque de Nevers

(transmis par Michel Croc. Lire aussi cet article dans le Journal du Centre)

vendredi 27 novembre 2020

Une AG annuelle en visioconférence le 8 décembre 2020

L'Assemblée générale de Welcome Pays d'Aix (WPA), prévue début octobre 2020, n'ayant pu se tenir pour cause de COVID, nous vous proposons de nous réunir en visioconférence le mardi 8 décembre 2020 à 18:00 précises (le lien de connexion sera fourni aux membres quelques jours auparavant, le demander au besoin à notre secrétariat).

Ce sera nettement moins convivial qu'une véritable réunion... mais cela permettra au moins de vous tenir informés de l'actualité de Welcome Pays d'Aix, de partager avec vous les perspectives pour 2021 et surtout de répondre aux questions que vous pouvez vous poser.

Le Conseil d'Administration ayant perdu quelques uns de ses fidèles membres nous faisons un appel pour que ceux qui le souhaitent nous rejoignent.

Voici les points à l'ordre du jour:

  • Mot d’ouverture sur le contexte particulier actuel 
  • Rapport moral, vote
  • Rapport financier, vote
  • Perspectives 2020/2021
  • Candidatures au CA. Élection du CA
  • Questions diverses

(Sylvie Piquenot)

mardi 3 novembre 2020

Nouvelles du réseau WPA

[Ce texte -partagé ici en 2 articles- a été adressé récemment aux familles d'accueil et aux membres de l'association]

Un contexte difficile ayant impliqué une pause de l'accueil…

La crise sanitaire paralyse sérieusement l'activité de Welcome Pays d'Aix et de ses partenaires aixois en charge des migrants (Collectif Agir). Depuis l'été 2020, nous avons été contraints de faire une pause dans l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile. Toutefois, ces derniers continuent d'arriver dans notre région (à un rythme un peu moins soutenu) et les besoins d'accueil restent importants.

Notre démarche depuis la rentrée est donc de relancer doucement l’accueil, avec 1, puis 2, puis peut-être 3 migrants début 2021, tout en poursuivant le suivi des "anciens" passés par notre association, et qui ont souvent encore besoin d'une certaine assistance (même dans le cas favorable où ils ont obtenu le statut de réfugié).

Ceci étant, et pour répondre aux demandes de certaines familles qui ne comprennent pas que nous ne les sollicitions pas, il n'est pas si facile de trouver des migrants que nous puissions vraiment aider : nous devons être sélectifs, éviter les risques pour les familles d’accueil (cas trop lourds, par exemple) ; notre région fait face à un afflux de migrants venant de pays peu éligibles pour l'asile (comme la Guinée-Conakry ou l'Albanie), or nous cherchons à intégrer dans la durée, avec de réelles chances de réussite ; nous visons des migrants pour qui le passage par une famille et l’assistance très proche peuvent être déterminants dans leur intégration (cas évident des mineurs); enfin, beaucoup de demandeurs d'asile sont des jeunes hommes qui préfèrent rester à Marseille, où existent des réseaux par nationalité, et où il est plus facile de trouver du travail infomel.

D’autre part, nous engageons dans l’accueil d’un demandeur d’asile pour une durée de 6 mois minimum. Cela nécessite d’avoir des familles d’accueil disponibles pendant les périodes de vacances ce qui est souvent un facteur limitant.

Les contraintes sanitaires nous ont obligé depuis le printemps à annuler une formation prévue fin mars puis fin avril 2020 sur l'approche narrative, puis à annuler la journée des familles et l'assemblée générale de l'association prévues le 4 octobre 2020.

Malgré ces difficultés, certaines activités se poursuivent

Nous ne restons pas inactifs :

  • Nous avons recommencé à accueillir, avec un demandeur d'asile iranien, Mehdi Rostami, 40 ans (actuellement chez Victor, puis chez les Croc, puis les Payan);
  • L'assistance aux démarches des demandeurs d'asile reste nécessaire, en particulier pour les préparer aux entretiens avec l'OFPRA (demande initiale) et la CNDA (recours). Depuis cet été, ont été ainsi aidés Alexe Macfoy (Centrafricain, passage à l'OFPRA le octobre 2020), Mekidès Asaye (relance de l'OFII, elle n'a toujours aucun droit), Asad Ali Zada (Afghan, audience à la CNDA annulée le 19 mars 2020 pour cause de Covid, mais relances en cours avec son avocate);
  • Les cours de français se poursuivent dans les locaux d'Agir les lundi, mercredi et vendredi, mais avec des effectifs assez réduits de migrants (5 à 10) et toujours la difficulté de grandes différences de niveau de français. Si certains parmi nous le pouvaient, des cours particuliers ou à 2 ou 3 élèves seraient très utiles. Nous recherchons un local central dans Aix pour ces cours;
  • Le suivi des "anciens" migrants reste assuré : certains migrants ont été accueillis pendant l’été pour des vacances (Asad a pu ainsi découvrir la Bretagne avec Bénédict); d’autres sont aidés dans leurs études ou insertion professionnelle (Ezadin Al Cheikh engage, avec l’appui en français de Marie Line, une de nos membres, un second CAP, après l'obtention inespérée cet été du CAP de carrossier); voir plus bas des infos détaillées;
  • Nous avons pu participer à l'Assogora d'Aix (journée des associations) le 13 septembre 2020, en squattant le stand d'Agir (merci à Michel Croc, Clémentine Mahut, Anne Lanfranco [et Bénédict] qui ont assuré cette présence); idem, participation à la journée des associations du Tholonet, la semaine précédente;
  • A cette occasion, un mini-dépliant incitant à l'accueil a été édité à 2 000 exemplaires. Il peut être proposé sur les présentoirs de certains lieux (associations, équipements socioculturels, mairies, églises …) ou donné à des amis qui seraient intéressés. Vous pouvez vous rapprocher d’un membre du CA (liste ci-dessous) pour en récupérer un petit stock à distribuer…
  • Nous avons trouvé de nouvelles familles d’accueil, que nous remercions chaleureusement pour leur engagement : Cécile et Marc Simon (Luynes), Kasia et Denis Bourée (St-Cannat), et un grand-père veuf, Jean-Luc Chuzel (Eguilles). Par contre deux couples âgés (octogénaires) ont dû renoncer à l'accueil dans le contexte sanitaire actuel;
  • Notre association avait été acceptée officiellement comme membre d'Agir en remplacement de JRS-Welcome à l’automne 2019. Elle a obtenu lors de l’AG d’AGIR de cet automne un siège au CA de ce collectif. WPA a désigné  Michel Croc pour cette fonction.

La suite des actions

Nous espérons pouvoir nous retrouver physiquement très vite ! Et nous devons aussi tenir notre AG annuelle, repoussée sine die depuis septembre (sera virtuelle en cas d’impossibilité de réunion).

Nous avons besoin d’élargir nos bases, de trouver des responsables pour notre CA (qui a maigri!), mais aussi d’autres formes d’aidants (cours personnalisés de français, démarches, vacances), et toujours des familles…

Nous restons à la recherche de possibilités d'emplois (petits ou grands boulots) pour des migrants, de moyens financiers (aide juridique, subsistance) et d'un local à Aix pour des cours.

Bien amicalement à vous tous !

[Les membres du bureau : Claude Carrillo, Victor Giudiccelli, Philippe Hallé, Michel Croc, Sylvie Piquenot, Bénédict de Saint-Laurent (document rédigé par ce dernier)]

Nouvelles des migrants accueillis ou suivis par WPA

Voici des nouvelles des demandeurs d'asile que les uns et les autres ont accueillis ou connus ces derniers temps :

  • Ibrahima Diallo (Guinéen, 32 ans) et Vladimir Bruma (Moldave, 27 ans), déboutés par la CNDA, ont trouvé accueil à Emmaüs Cabriès, qui leur donne un travail pouvant, sous certaines conditions, déboucher après plusieurs années sur une régularisation de leur présence en France;
  • Ezadin Al Cheikh (Soudanais, 21 ans depuis le 7 octobre) a donc fièrement reçu son diplôme de carrossier. Il poursuit son alternance et habite toujours au Foyer de Jeunes Travailleurs des Milles;
  • Mohamad dans Ste-Victoire
    Mohamad Al Masri (Syrien, 23 ans) a également obtenu le statut de réfugié le 6 avril 2020. Aujourd’hui, Mohamad loge au Foyer de Jeunes Travailleurs des Milles comme Ezadin. Il a commencé une formation CFA en gestion commerciale et travaille en alternance chez un livreur de repas où il découvre la gestion d’entreprise en France.
  • Moammar Atwi (Libanais, il aura 50 ans le 30 novembre) a obtenu le statut de réfugié cette année, mais peine à se reconvertir en journaliste (son métier), car ne maîtrisant pas encore suffisamment le français; du coup, il suit diverses formations à notre langue;
  • Alexe Mackfoy (Centrafricain, 25 ans) a été entendu par l'OFPRA à Paris le 5 octobre 2020 (le même jour que son frère William, ce que nous avons découvert !);
  • Maklet, pensive
    Makhlet Maharry (Erythréenne, 32 ans) a elle aussi obtenu la protection de la France, mais reste séparée de son fils Nathanaël qu'elle avait confié en Libye à une amie éthiopienne. Les démarches de rapprochement familial via la Croix Rouge semblent interminables. Maklet est toujours accueillie par une famille des Milles et travaille comme hôtesse d'accueil;et travaille dans la restauration (à défaut des services à la personne qu'elle voudrait assurer –idées bienvenues !);
  • Asad en Bretagne
    Asadullah Ali Zada ("Asad", Afghan, 42 ans) a quitté son logement près de St-Jérôme à Marseille pour une autre colocation proche de l'église des Réformés, ceci afin de pouvoir plus facilement travailler (après avoir fabriqué des masques comme couturier, il occupe divers emplois informels). Il a passé une partie du mois de juillet en Bretagne au sein d'une famille d'accueil, ses premières vacances depuis 7 ans;
  • Nous n'avons pas de nouvelles récentes, par contre, de Salifou Camara, Moussab, Husamah Mahama, qui sont restés assez brièvement dans le réseau. Nous restons cependant disponibles.
(Bénédict de Saint-Laurent)


lundi 2 novembre 2020

Ezadin, un beau parcours d'intégration

Un jeune migrant soutenu par Welcome, Ezadin Al Cheikh, 20 ans, a réussi à obtenir cet automne un CAP de carrossier. Si vous aviez vu ses yeux lorsqu'il a reçu son diplôme, c'était très touchant, beaucoup de joie et de fierté !

Ezadin est arrivé en Europe à 16 ans, venant du Soudan (Darfour) via un camp de réfugiés au Tchad, la traversée du désert de Libye, le franchissement de la Méditerranée, l'Italie, Marseille et la rue… Sa route pour atterrir au Pays d'Aix a été longue et semée d'embûches… Mais, aîné d'une ribambelles d'enfants, il devait y arriver!

Quand vous le croisez dans les couloirs du CFA, Ezadin a toujours le sourire aux lèvres ! Il est toujours content, heureux d'être en France. Il a préparé son CAP pendant 2 ans, malgré les difficultés rencontrées, un difficile apprentissage de la langue, et la complexité des matières d'enseignement général, techniques et professionnelles. A Welcome, nous étions un peu dubitatifs sur sa réussite, la crise du Covid lui a peut-être donné un coup de pouce, mais, comme pour prouver sa détermination, Ezadin prépare cette année un nouveau CAP (peinture en carrosserie). En plus du CFA (formation de base et professionnelle) et de son travail chez un employeur, Ezadin suit des cours de "Français Langue Etrangère" deux soirs par semaine après son travail.

Ezadin Al Cheikh est né en 2000 dans un petit village du Darfour. En 2003, la guerre civile éclate dans cette province : rébellions et répression font des milliers voire des dizaines de milliers de morts. Des villages entiers sont détruits, leurs habitants massacrés. La famille d'Ezadin s'enfuit vers le Tchad et se retrouve au camp de réfugiés d'Abeche. Dix années passent… Les conditions de vie sont très difficiles et le père d'Ezadin, qui veut une vie meilleure pour son fils, décide en 2014 de le confier à un oncle qui va travailler en Libye. L'homme part donc avec Ezadin. Ils traversent le désert dans des conditions périlleuses… Tous deux sont employés quelques mois à Sebbah mais ne peuvent obtenir le salaire promis. L'oncle rentre au Tchad et Ezadin se retrouve seul. Il a tout juste 15 ans. Les conditions de vie dans la Libye en guerre sont encore plus terribles que dans le camp de réfugiés qu'il a quitté (prison, sévices, disette). Il reste cinq mois à Tripoli avant d'embarquer sur un bateau de fortune vers l'Italie. Secouru par un navire italien, il débarque en Sardaigne. En deux mois, il rejoint Rome, puis Vintimille. Il traverse la frontière, les Alpes à pied et arrive épuisé à Gap où il décide de s'arrêter.

Ezadin est alors pris en charge par des associations qui s'occupent notamment des Migrants Isolés Étrangers (MIE). Fin 2016, il est envoyé à Marseille. Il commence à suivre des cours pour apprendre le français. Plus tard on l'envoie à Aix-en-Provence au Foyer Saint-Michel qui accueille des mineurs. Il y reste jusqu'à sa majorité. Il demande alors le droit de rester en France et obtient le statut de réfugié. Il a désormais le droit de rester et de travailler. Welcome l'accompagne en l'accueillant au sein de familles et en l'aidant à franchir les nombreux obstacles administratifs imposés aux migrants.

Aujourd'hui, Ezadin a mûri. Il ne perd plus, ou ne se fait plus voler, ses papiers et son pécule. Il gère son dossier administratif, sa carte Vitale, son compte bancaire, ses cours etc. Grâce à WhatsApp, il reste en lien avec sa famille au Tchad, mais lui regarde vers l'avenir, l'intégration en France. Il a une chambre minuscule au Foyer de Jeunes Travailleurs des Milles, où trône son scooter encore symbolique (il n'a encore ni permis ni assurance, mais peu importe, il contemple son futur destrier !). Chaque dimanche matin, il va jouer au foot avec d'autres migrants ou habitants de la ZAC du Jas de Bouffan, il aime tant marquer des buts ! Ses profs l'estiment et le soutiennent, car c'est un battant toujours optimiste, toujours prêt à rendre service… Ezadin n'a pas fini de nous étonner...

(Claude Carrillo et Bénédict de Saint-Laurent)

lundi 17 août 2020

Soutenez SOS Méditerranée en participant à une mise en scène à Aix

L’antenne de Marseille de SOS Méditerranée souhaite organiser deux "Die-in" : un à Marseille, au Prado et l'autre à Aix, près de la Rotonde.

A partir du 21 août 2020, les bénévoles de SOS Méditerranée organisent en effet des Die-in (mise en scène d'un naufrage) dans toute la France. Cette action symbolique vise à alerter les citoyennes et les citoyens sur la situation dramatique en Méditerranée centrale et à demander la libération de l’Ocean Viking actuellement détenu en Sicile par les autorités italiennes.

Pour y participer avec nous, il sera nécessaire d'être disponible 1 heure en fin de journée pour se retrouver à proximité d'un point d'eau (la plage, la fontaine etc) et mettre en scène la conséquence d'un naufrage. C'est tristement "parlant" et plutôt efficace pour interpeller les citoyens en leur montrant les conséquences humaines de la politique de harcèlement administratif menée par les autorités pour entraver les opérations civiles de secours en mer. Et pour les inciter à signer la pétition "Libérez l'Ocean Viking".

Pour vous inscrire à celui d'Aix-en-Provence, cliquez ici: https://framadate.org/zSNcobFcQy3dsI55

Nous avons besoin de déposer une "demande de rassemblement non revendicatif" auprès de la ville d'Aix au plus tard 3 jours avant le jour J; il est donc important de vous inscrire rapidement (idéalement donc aujourd'hui le 16 août ou lundi/mardi au plus tard) afin que nous puissions effectuer les démarches administratives en début de semaine prochaine.

Voici toutes les informations concernant l'organisation de ce Die-in :

  • Lieu : la Rotonde.
  • Date : 22 ou 29 août 2020 à 18 h.
  • Effectif : au minimum 10 personnes.
  • Organisation : les bénévoles participant au Die-in devront rester allongés ¼ d’heure. Il est impératif de garder le silence. L'espace sera délimité par des gilets de sauvetage.
  • Matériel : gilets de sauvetage et une banderole avec le lien vers la pétition : https://www.change.org/p/libérez-l-ocean-viking-2 (que vous pouvez d'ores et déjà signer !)
  • Dress code : tee-shirt orange et pour le bas du noir. Les personnes assurant la sécurité ne seront pas identifiables par leur tenue.

Les médias locaux seront contactés par SOS Méditerranée. Pendant l'événement il seraimpératif de respecter les gestes barrières liées au COVID-19.

Merci d'avance à toutes les citoyennes et tous les citoyens du Pays d'Aix, sensibles à la cause du sauvetage en mer, pour votre participation.

(message transmis par Brigitte & Agnieszka, bénévoles de SOS Méditerranée)

vendredi 29 mai 2020

Michèle nous a quittés


Michèle de Saint-Laurent, membre actif du Conseil d'administration de Welcome Pays d'Aix, famille d'accueil, et bien plus encore, nous a quittés trop vite, le 8 mai 2020. Son sourire, son rire si communicatif, sa franchise et sa force de joie nous manquent déjà !

Voici quelques témoignages de migrants sur ce qu'elle leur a apporté:
  • Bonsoir Bénédict. J'ai appris la disparition de ta femme Michèle. Toutes mes condoléances. C'était une femme forte et inspirante. Je regrette vraiment. elle était toujours pleine d'énergie. Je suis très triste de ne pas pouvoir être à côté d'elle pendant ses derniers moments. Ça me serre le cœur de te voir comme ça. Je partage ta peine. Elle était encore jeune n'est-ce pas. Je n'ai plus que mes yeux pour pleurer. Je ne sais pas quoi faire… En tout cas si je peux t'être utile, n'hésite pas à me faire signe. Asad Ali Zada
  • My condoléances for you and your family ! My heart is so broken, but I know she is in a good place with her God. Maklet Mharry
  • Bonjour. C’est avec une grande tristesse que je présente à la famille de Michèle et aux amis, mes sincères condoléances, et que l’âme de la défunte se repose en paix ! On se souviendra d’elle dans nos prières et on gardera le souvenir de ses bonnes œuvres à jamais. Merci et à bientôt les amis. Ibrahima Diallo
  • Cher Bénédict et toute ta famille, recevez nos sincères condoléances et toute mes amitiés dans ce moment difficile. Michèle était une grande sœur. Je souhaite la paix à son âme pure. Moi et ma famille sommes de tout cœur avec vous dans cette épreuve. Bien affectueusement et amitiés Moammar Atwi
  • Moi aussi en fait je suis très triste. Mais c’est la vie, et je suis sûr que Michèle est au Paradis. J'espère avoir de la chance dans la vie comme toi, parce que tu as une belle femme et très gentille. Je te remercie pour ton témoignage. En fait, le confinement en ce moment, c'est bien mais un peu dur, mais ça va aller et j’ai déménagé la semaine dernière chez Marc et Sylvie. Grands bisous et à bientôt. Amitiés Mohamad
On trouvera sur ce lien une prière retrouvée dans le portefeuille de Michèle, prière qui convient bien à tout migrant, puisqu'elle se termine par cette phrase : Conduis-moi donc maintenant à l’heureux terme de mon voyage.

(Claude Carrillo, Présidente WPA)

lundi 25 mai 2020

Un beau texte : hospitalité et humilité par Raphaël Gutmann

Vœu pieux ou choix anachronique au regard de l’actualité, notre cabinet de conseil en lerdership avait choisi de consacrer son livret annuel pour 2020 au thème de l’hospitalité. Cette décision nous avait semblé évidente, tant cette valeur archaïque nous paraissait marginalisée par nos contemporains de l’avant-17 mars dernier. La peur de l’Autre – étranger par ses origines, sa religion, son genre et plus globalement sa manière de voir et de vivre le monde – combinée à l’usage excessif des réseaux sociaux entravaient déjà la rencontre physique, condition sine qua non à l’hospitalité.

Au temps du coronavirus, cette pratique est encore plus menacée, à l’exception notable des hôpitaux, lieux d’hospitalité par étymologie où l’accueil et l’échange physiques se poursuivent. Ailleurs, les mesures barrières et le confinement, aussi nécessaires soient-ils, accélèrent l’avènement d’une civilisation « sans contact ». Utile pour régler ses achats, maintenir un ersatz de vie sociale, ou conserver une activité économique par le télétravail, le « sans contact » nous prive du plaisir du toucher, de l’odorat, mais aussi de celui de la vue et de l’ouïe en prise directe : il affadit la saveur de la vie. Encouragés à rester chez soi, et à ne sortir que pour s’approvisionner, la majorité des Français – en tout cas ceux qui en ont les moyens matériels et financiers – a adopté un mode de vie « hors-sol », qui repose sur l’efficacité de la mondialisation avec ses chaînes d’approvisionnement et l’utilisation des nouvelles technologies. Je crains que cette épidémie, qui nous rappelle nos manques, notre vulnérabilité et notre dépendance face à la nature, n’accélère l’évolution vers une société davantage coupée de la réalité physique. Aujourd’hui à l’abri, derrière l’écran protecteur de nos ordinateurs et de nos smartphones, la pratique de l’hospitalité est délaissée pour protéger notre santé.

Qu’en sera-t-il dans le futur ? A l’issue de l’épreuve que nous traversons, oserons-nous sortir de la « grotte » dans laquelle nous nous sommes réfugiés, ou continuerons-nous à nous claquemurer dans nos foyers aseptisés ? J’ai tendance à penser que le mouvement de repli sur soi l’emporterait, et que notre état « sans contact » et « hors-sol » passerait de transitoire à permanent. Dans ce cas, l’hospitalité disparaitra, puisqu’elle sera associée aux risques de contamination, de germes et de maladies. Pourtant, je garde espoir en notre faculté à retrouver la valeur et la joie du contact qui favorise la contagion, mais aussi les défenses immunitaires, et la fertilisation. Cela est vrai d’un point de vue physiologique comme dans les dimensions intellectuelle et spirituelle. Espérons aussi que l’excès de virtualité créera la nostalgie des rencontres physiques. Dans ce sens, l’un des termes les plus utilisés par nos dirigeants scientifiques et politiques ces dernières semaines laisse entrevoir cette possibilité. Il s’agit du mot « humilité ». Face au virus et à l’inconnu, ils reconnaissent qu’ils ne sont ni omniscients ni omnipotents. Ils nous mettent face à une réalité que nous avons tendance à éluder : notre mortalité. En écho à ces aveux, tonne l’ire d’apprentis prophètes qui, eux, ont réponse à tout. Ils affirment ainsi que l’épidémie est, selon leur sensibilité, une humiliation infligée par Dieu le Père, ou la revanche de Mère Nature. Dans les deux cas, le fléau punirait l’humanité de ses excès. Ces interprètes en quête de rédemption désignent évidemment des coupables : la Chine, la mondialisation, le changement climatique, les puissances de l’argent... Cette recherche expéditive de boucs émissaires prouve que malgré les nouvelles technologies, nos réactions ne sont pas si éloignées de celles de nos aïeux au temps de la peste ou du choléra.

De mon côté, l’appel à l’humilité exprime au contraire une chance que nous devons saisir. Il résonne telle une injonction à renouer avec l’humus, c’est-à-dire la terre. Humains, nous en sommes les enfants interdépendants, comme nous le rappelle les étymologies latine et hébraïque. Dans cette langue, le mot pour dire « terre » (adama) partage aussi la même racine que celui pour dire « homme » (ben adam). L’humilité nous rappelle donc notre humanité, faite de fragilités et d’imperfections. Or, s’il est une valeur essentielle pour les gens qui vivent de la terre, c’est bien l’hospitalité. Et cela malgré les risques qu’elle peut engendrer. Gardons en mémoire que notre civilisation a comme premier patriarche Abraham, un terrien dont la tente était ouverte aux quatre points cardinaux. J’espère dès lors que la crise actuelle nous permettra d’explorer notre humanité en cultivant le goût de l’hospitalité, qui participe au sel de la vie.

Raphaël Gutmann

(proposé par Michel Croc / Article publié dans ÉTUDES du 9 mai 2020)

dimanche 10 mai 2020

Un poème contre le Covid-19 par un ami migrant

Moammar Atwi, écrivain et poète libanais, nous adresse une page de son "Journal de confinement", téléchargeable ici. Ah, la vie entre 4 murs... (les migrants sont parmi ceux qui souffrent le plus du confinement). Par ailleurs Moammar nous dédie cette belle poésie, "Dieu maléfique"  :

Comme des pécheurs
dans une grande prison,
entre quatre murs,
nous sommes arrêtés
sans procès,
sans crime apparent.

Vous nous laissez respirer
pour une courte période,
pour une courte distance.

Sans travail sauf celui de compter les victimes;
chaque matin, nous attendons… combien de malades, combien de morts ?
combien de guérisons?
.
Comme un compteur des morts
le monde entier
de la Californie à Johannesburg,
du Liban à la Nouvelle-Zélande.
Le monde entier est devenu notre peur, notre anxiété
Peut-être même au-delà

Vie sans vie,
amour à distance,
embrasser sur Whatsapp,
travailler par Hangout.
Même étudier
et rendre visite aux ses amis,
se fait à distance.

Oh, le dieu maléfique
Covid-19,
fils de la grande Corona
pour votre mère et vos oncles SARS, paludisme et choléra
libérez nous.

Laissez nous respirer l'air que nous avons pollué.
Permettez-nous de revenir à la nature que nous avons détruite,
de retisser les liens d'amour entre nous,
Sans masque ni gants.

Pulvérisez du parfum au lieu des antiseptiques.
Disparaissez de nos corps
de notre terre
de notre sel
de notre pain
Permettez-nous de vivre après vous.

Moammar Atwi, Lambesc, 15 avril 2020

mercredi 22 avril 2020

Asad l'Afghan fabrique des masques en tissu pour participer à l'effort national


Asadullah Ali Zada, dit "Asad" dans le réseau WPA qui l'a hébergé et aidé, et "Sultan" dans la communauté migrante de Marseille, a proposé ses services à la patronne de l'entreprise marseillaise de réinsertion "13 a'tipik" (lire vite pour comprendre l'astuce…), Mme Sahouda Maallem. Après un essai qui a montré l'excellence de ses compétences, Asad a vite été embauché par l'atelier pour la confection de masques en tissu.

Asad avait été couturier en Iran pendant son exil d’adolescent dans ce pays. Il l’a été en Iran et en Turquie lors de sa migration vers l’Europe. Il est émerveillé par la qualité des machines à coudre en France ! Il travaille dans cet atelier six jours sur sept, intensément, pour de longues journées, en souhaitant aider à fond son pays d’accueil…
Asad et sa machine à coudre chez 13 a'tipik

Il a eu en prime les honneur des médias (la Provence, TV régionale, MadeInMarseille.net etc.)… 

Peut-être que notre Gouvernement serait bien inspiré de permettre à ce type d'entreprise de réinsertion et à cet type de patriotisme le bénéfice de la régularisation par le travail ou par le mérite… Asad est parti de chez lui en Afghanistan en septembre 2013 (six ans et demi), il ne connaît pas son dernier fils né après son départ, il est menacé à la fois par les autorités et les Talibans (qui ont assassiné son père et oblige sa famille à être confinée depuis son départ, Covid ou pas…). Il fait partie de la minorité hazâra, stigmatisée par les intégristes de tous bords. Il parle très bien le français. Il aurait donc toutes les raisons de pouvoir bénéficier d'une protection par la France…

(Bénédict de Saint-Laurent, secrétaire, WPA)

mardi 21 avril 2020

Emmaüs en danger ! Merci pour votre aide…

Mises en chômage obligé à cause du confinement, les boutiques solidaires d'Emmaüs, qui constituent sa principale ressource financière, ne rapporteront rien ce trimestre. Ce mouvement qui aide tant de sans abri et autres migrants se trouve en grande difficulté et lance un appel aux dons pour survivre. Nous nous associons volontiers à cette campagne et espérons qu'Emmaüs pourra traverser sans encombres cette mauvais passe. Voici le lien pour un don direct et défiscalisé à 66%.

Pour rappel, Emmaüs est une des seules associations qui permette dans certains cas d'employer des étrangers sans papiers, leur permettant ensuite de demander une régularisation par le travail. Emmaüs Cabriès accueille actuellement plusieurs dizaines de migrants, dont deux - Vladimir le Moldave et Ibrahima le Guinéen-Conakry - sont passés par Welcome Pays d'Aix.

samedi 18 avril 2020

Covid et migrants : l'obligation d'agir en Europe et en France


La situation sanitaire oblige les gouvernements européens à agir, au moins pour les migrants qui se trouvent sur leur territoire. Peu importe que ce soit pour des raisons négatives (peur qu'existent des foyers contagieux)… En même temps, l'Europe ferme ses frontières extérieures et surtout ferme les yeux sur ce qui se passe en Méditerranée ou dans les camps de Libye, Syrie ou Turquie. La solidarité européenne ne parvient pas à ce jour à s'exprimer, par exemple pour un partage équitable des migrants arrivant dans les pays du sud ou pour réformer un système d'asile manifestement inadapté. Les pays européens agissent en ordre dispersé…

Manquant de bras, l'Italie va régulariser par décret 200 000 sans-papiers pour éviter que des secteurs essentiels comme celui de l'agriculture souffrent du manque de main d'œuvre qui menace les récoltes (les Echos, 20 avril 2020).

Image OIM
Au Portugal, les demandeurs d'asile et travailleurs sans papiers ont obtenu le 28 mars 2020 les mêmes droits que les citoyens portugais (selon Econostrum, site d'infos économiques sur la Méditerranée). Cette mesure n'est que provisoire et ne concerne que les personnes ayant déjà effectué une demande de régularisation. Elle vise à faciliter leurs démarches durant la pandémie et permettra que ces demandeurs bénéficient de la protection sanitaire proposée par l'Etat (protection de l'emploi et du salaire, prise en charge à domicile en cas de symptômes...) sur présentation de l'attestation délivrée lors du dépôt de leur demande d'asile. Les permis de séjour arrivés à échéance seront renouvelés automatiquement, compte tenu des fermetures de services administratifs.

En France, le Gouvernement a prorogé fin mars 2020 par ordonnance les délais de recours vis-à-vis de la CNDA. Cela concerne aussi les recours contre les OQTF (obligations de quitter le territoire) et les transferts au titre de la procédure de Dublin.

En matière d'accueil, notre association s'est jointe à d'autres pour que les maires, au titre de leur pouvoir de police, en particulier dans le domaine sanitaire, contribuent au logement des étrangers sans abri. Ces derniers comptent parmi les plus vulnérables à la pandémie et sont actuellement confinés… à la rue (voir lettre collective d'AGIR, adressée à certains maires, ici).

Plus largement, 104 parlementaires issus de 10 partis ont adressé le 12 avril 2020 une lettre au premier ministre Edouard Philippe pour réclamer la régularisation des sans-papiers face à l'épidémie de Covid-19 (lire ici).

dimanche 22 mars 2020

SDF et confinement : une pétition adressée au Gouvernement


Comme beaucoup d'autres organisations, WPA s'est associée à une démarche pour souligner la situation souvent inacceptable que crée le confinement pour les SDF (dont des dizaines de milliers de migrants). Vous pouvez signer sur ce lien

Monsieur le Premier ministre,

Notre pays traverse une crise sanitaire sans précédent. Les Françaises et Français, confinés chez eux, adoptent progressivement les gestes barrière qui sauvent. Notre quotidien change, nos vies sont bouleversées, nous restons chez nous. Confinés mais chez nous.

Mais pour rester chez soi, il faut un chez soi. Comment est-on confiné quand on est sans domicile ? Pour ceux qui vivent dans la rue, les plus fragiles d’entre nous, la vie est chaque jour un peu plus dure. Il y a urgence. Urgence à leur permettre d’accéder aux soins nécessaires pour ceux qui sont touchés par le CoVid-19. Urgence à débloquer des moyens supplémentaires pour les associations qui interviennent sur le terrain. Urgence à aider les collectivités locales qui organisent le confinement des personnes sans abri.

Autrement, les sans domicile fixe, les mineurs isolés, les familles et personnes exilées qui sont sur le territoire français risquent de faire partie des oubliés de la crise sanitaire.
Des solutions existent. Les représentants du secteur de l’hôtellerie se sont mis, par exemple, à la disposition du gouvernement pour offrir des solutions de relogement. Il faut agir vite, sinon le risque de mortalité chez les personnes sans abri risque de s’accélérer et cette crise sanitaire peut se transformer en désastre humanitaire.

Si nos vies doivent changer grâce à cette crise, c’est dans le sens d’une plus grande fraternité car cette crise sans précédent révèle les failles insupportables d’une société incapable de proposer à toute sa population un logement digne et durable.
Les paroles du président de la République ont marqué les esprits. Nous l’avons entendu. Il a parlé d’une guerre à mener contre un ennemi invisible. Une guerre... Il connaît suffisamment l’Histoire pour savoir que les guerres ont toujours donné naissance à de nouvelles formes de solidarité.

Si rien ne doit être comme avant cette crise, faisons-en sorte que nos actes changent dès maintenant. Ce n’est pas en détournant le regard que nous parviendrons à nous en sortir, c’est en surmontant collectivement les échecs de notre modèle de développement et en aidant ceux qui sont restés depuis trop longtemps au bord du chemin.

Ceux-là n’ont ni syndicat ni confédération pour les représenter, pas de revendications à vous adresser, pas de « charges » ni d’impôts à reporter. Ils sont pourtant touchés comme les autres et, plus fragiles encore, ils ont plus de risque que les autres d’être emportés. Monsieur le Premier ministre, nous lançons cet appel au nom de ces centaines de milliers de femmes et d’hommes qui vivent à l’écart de notre société, que nos associations accompagnent chaque jour pour leur redonner espoir et que nous ne pouvons pas abandonner.

Faites vite, ils ont besoin de vous. Comme les autres, plus que les autres. Merci.

(transmis par Michel Croc, WPA)

vendredi 20 mars 2020

Arrêt obligé des opérations de secours en Méditerranée


L'Ocean Viking vient d’arriver dans le port de Marseille où il restera stationné le temps pour ses équipes d’adapter les opérations au contexte exceptionnel du Covid-19.

La pandémie mondiale entraine de graves perturbations dans l’accès aux services médicaux et logistiques dans la plupart des Etats européens, tout comme elle désorganise totalement le monde maritime : impossibilités de relèves d’équipage, ports fermés, bateaux en quarantaine, etc. Des mesures extraordinaires, comme la fermeture des frontières européennes, ont également été prises.

L’urgence humanitaire continue en Méditerranée centrale. Alors qu’il n’y a actuellement aucune ONG ni aucun moyen de recherche et de sauvetage dédié, des hommes, des femmes et des enfants continuent de fuir la Libye sur des embarcations impropres à la navigation. Le week-end des 4-15 mars, plus de 400 personnes ont été interceptées et renvoyées en Libye, pays qui n’est pas un lieu sûr.

Les bureaux de SOS-Méditerranée sont fermés et tous les évènements qui supposaient des rassemblements physiques sont reportés ou annulés en accord avec les mesures de confinement. Le travail est cependant poursuivi à distance et une réflexion est engagée pour développer de nouvelles formes de mobilisation citoyenne via le numérique.

(info transmise par SOS-Méditerranée, #TogetherForRescue)

mercredi 18 mars 2020

Evénements reportés (covid-19)


L'actualité sanitaire nous oblige à reporter deux actions organisées par WPA (nouvelles dates à sauvegarder !) :
  • La formation sur la thérapie narrative, qui était prévue le 31 mars à 18:30 à l'église ND de l'Arc est reportée au lundi 18 mai ou au jeudi 28 mai 2020, même lieu, même heure (nous préférons réserver deux créneaux, ne pouvant savoir encore quand la période de confinement sera terminée – on parle de 8 à 12 semaines pour le stade 3; cette formation est ouverte à tous (familles d'accueil, sympathisants, associations partenaires de WPA)
  • La balade de découverte de la Marbrière de St-Antonin (avec pique-nique), qui était prévue le dimanche 5 avril de 11:45 à 17:30 est reportée au dimanche 24 mai, même lieu, même heure; cette balade est ouverte à tous, y compris nos amis demandeurs d'asile ou réfugiés.
Dessin de Mix & Remix, publié dans Le Matin
Nous pouvons prendre sans trop de soucis ces contretemps qui ne nous affectent guère sur l'essentiel (sauf exceptions); par contre, nous avons une pensée pour tous les migrants –impossible pour eux de passer les frontières; difficile pour ceux qui sont accueillis dans notre réseau de continuer à travailler (dans ce cas ils doivent quitter leur accueil);  impossible pour eux de poursuivre les cours de français avec Agir (dont les locaux ont fermé); report indéfini des procédures administratives (par exemple, Asad, qui était convoqué le 16 mars 2020 à la CNDA a vu son audience annulée, alors qu'il est parti de chez lui en Afghanistan depuis maintenant 6 ans !).

Nous sommes également reconnaissants aux familles qui poursuivent l'accueil, malgré les risques réels ou imaginés. Elles honorent notre cause…

(le CA de Welcome Pays d'Aix)

vendredi 6 mars 2020

Une lettre ouverte au Président de la République sur les migrants bloqués entre Turquie et Grèce


Pris en otage entre la Turquie et la Grèce, des milliers de migrants sont dans une situation dramatique. On les voit moins, mais leur situation est tout aussi dramatique, celle des migrants piégés dans la poche d'Idlib entre Syrie et Turquie.

Plusieurs associations s'occupant de migrants ont co-signé cette lettre au Président de la République française. Nous nous y associons bien volontiers. Pour dire la vérité, nous sommes terriblement désarmés devant ce type de crise –écrire, dénoncer, pétitionner, c'est bien, mais comment s'assurer que notre indignation ait un impact?

(lettre transmise par Michel Croc)

samedi 29 février 2020

Introduction à la thérapie d'approche narrative à Aix le 31 mars 2020


Cette formation est proposée par Welcome Pays d'Aix le mardi 31 mars 2020 (et non le jeudi 26 mars) de 18:30 à 20:00 (sous-sol de l'église ND de l'Arc). Elle est gratuite et ouverte à tous. L'objectif recherché est de permettre à ceux qui reçoivent des migrants ou autres personnes en difficulté de mieux écouter et accueillir.

Qu'est-ce que l’approche narrative?
La thérapie narrative a été développée par un travailleur social australien, Michael White (1948-2008, aidé par son collègue et ami David Epston). White a imaginé cette approche en essayant de comprendre et d'aider des communautés indigènes qu'il allait rencontrer dans un contexte d’écoute et de respect de la différence. Au lieu d'accepter une histoire de sa vie reçue comme la version des autres et de l'environnement (une personne perçue comme agressive ou timide peut se conformer à une histoire qui l’enferme dans ce type d'identité), chaque patient était invité à imaginer un récit alternatif plus personnel, moins contraint, plus satisfaisant.

En partant de son travail auprès de diverses communautés (aborigènes de la Nouvelle Galles du Sud, rescapés du Rwanda, conflit des Trois-Nations à Toronto…), White a pu ainsi développer un corpus théorique et pratique pouvant aider des personnes en grande difficulté à se reconstruire, autour des quelques principes suivants :
  • Le patient est invité à considérer son problème comme extérieur à lui, donc à s’en dissocier. Ce n'est pas lui le problème…
  • Le patient est celui qui sait (et non la personne qui l'accompagne, même "praticien"). Il est expert de sa propre vie. Si le patient est au centre, le praticien est décentré, se situant dans une attitude de non-savoir, de curiosité et de perplexité.
  • La vie est considérée avant tout du point de vue de celui qui en fait le récit. Or, au fil du temps, les personnes finissent par oublier que leur réalité, comme ils la perçoivent, est en grande partie le résultat des constructions mentales de leur entourage et d'un contrôle socioculturel invisible.
  • La compréhension de l’influence restrictive de cette vision dominante, qui limite les choix du patient, permet d’en modifier certains aspects et de construire un récit de vie plus positif.
  • Des techniques spécifiques (cartographie, conversation bienveillante etc.) permettent d'explorer le potentiel du patient (en dehors des zones de blocage liées au problème) et de libérer des ressources inconnues, à la recherche d’un nouveau récit de vie qui reconnecte la personne avec ses aspirations profondes, ses valeurs et ses rêves.

Pourquoi cette formation introductive?
Nous pouvons penser que les présupposés de l'approche narrative s'appliquent bien aux personnes migrantes, qui sont souvent passées à travers d'énormes difficultés, sont confrontées à des pertes de repère (dans le monde nouveau et perturbant qui est le nôtre) et ont besoin d'assumer aussi bien les traumatismes vécus que leur responsabilité vis-à-vis de leur famille laissée au pays.

Benoît Verny, qui introduira à cette approche, est bien placé pour faire ce lien entre migration et aide thérapeutique :
  • Avec sa famille, il accueille des migrants chez lui pour des séjours de quelques mois;
  • En tant que doctorant, il a travaillé sur le droit des associations, en particulier dans le domaine de la demande d'asile;
  • Il a lui-même été patient de la thérapie narrative à la suite d'un accident de voiture, il y a quelques années. Cela l'a convaincu au point qu'il a entrepris une formation pour exercer dans ce domaine.

🔺Thérapie narrative, réunion ouverte à tous, spécialement aux personnes en situation d'écoute. Mardi 31 mars 2020 18:30-20:00, Salle Avance au Large, ND de l'Arc, 10, avenue de la Fourane, Aix-en-Provence

jeudi 27 février 2020

Mobilité rêvée et cependant ancillaire en Méditerranée


La Nuit des idées, une manifestation internationale pour réfléchir, consacrait cette année à Aix (le 30 janvier 2020) un de ses deux thèmes à "être vivant sur les rives de la Méditerranée". Pour ceux qui auront le temps d'écouter le résultat de recherches universitaires sur les migrations et le marché du travail au sein du bassin méditerranéen (et au-delà), il est intéressant de découvrir les interventions de deux conférenciers de cette soirée :

  • Mustapha El Miri  parle de "Bouger, c’est vivre" et montre que les migrants (ou leurs miroirs, les expatriés) sont surtout à la recherche d'une maîtrise de leur projet de vie. 
  • Taher Labadi (beaucoup plus confus, hélas), s'intéresse dans "Ceux qui vivent sont ceux qui luttent" aux travailleurs migrants au sein du Moyen-Orient. A travers l'exemple de la Jordanie, il montre que ces migrants, petits rouages d'une économie de la mobilité, sont bénéfiques au pays d'origine (par leurs transferts) et de destination (par leur force de travail), mais sont souvent mal payés et sans droits.
(Proposé par Victor Giudicelli) 

mardi 4 février 2020

Les réseaux locaux Welcome dans notre région

Une famille & un migrant témoignent au Tholonet le 16 janvier 2020
La configuration de l'accueil des demandeurs d'asile varie beaucoup selon les départements, et même à l'intérieur des départements, selon l'existence ou non de structures, de collectifs ou d'initiatives prises par tel ou tel acteur de la société civile.
Pour ce qui concerne spécifiquement l'accueil au sein de familles (ce qui est notre vocation), coexistent des associations et des antennes de JRS-France –toutes se référant à la charte Welcome :
  • L'association Welcome Salon existe depuis mars 2018. Elle a été créée pour disposer de la personnalité juridique lui permettant de prendre place dans le « paysage » des associations et mouvements qui œuvrent auprès des demandeurs d'asile. Elle compte 120 membres et s'occupe à la fois d'hébergement, de formation au français, des démarches administratives, des loisirs etc. Contact : Welcome Salon
  • Notre propre association (Welcome Pays d'Aix) a été créée en octobre 2019. Elle est encore très jeune… et cherche en particulier de nouvelles familles d'accueil pour pouvoir développer son action. On trouvera à ce propos sur ce lien l'article publié par La Provence sur la soirée d'information tenue le 16 janvier 2020 au Tholonet –soirée qui a réuni 80 participants et permis de mobiliser de nouvelles familles. Contact : WPA
  • L'antenne de Marseille de JRS étend son action sur Marseille et 3 autres agglomérations du département (Aubagne-Gémenos, Martigues-Étang-de-Berre et Arles).  L'équipe se compose d’une quinzaine de bénévoles et d'une centaine de familles d'accueil. Contact : JRS-Welcome Marseille
  • L'association Welcome Var existe depuis 2019. Très centrée sur l'agglomération du grand Toulon, elle compte une centaine de familles d’accueil et héberge en moyenne une cinquantaine de demandeurs d’asile. Elle vient de publier sur son site web cette intéressante vidéo (cliquer), qui présente les conditions d'accueil qu'elle pratique. Contact : Welcome Var
  • Le réseau Welcome de l’Hérault existe depuis 2016 comme antenne de JRS, et réunit une centaine d’accueillants au sein de 8 groupes répartis sur le territoire (Montpellier, Castelnau le Lez, Lunel, Mauguio, Castries, Thau, Clermont l‘Hérault, Béziers) Contact: Sophie Koerner Combe
(Compilation par B. de Saint-Laurent, WPA)